Anaëlle Attlan

Thèse débutée le 01/09/2025, sous la direction de la Pr. Corinne Mencé-Caster.

Titre de la thèse (provisoire) : Les polémiques linguistiques en Espagne et en France : une étude comparative entre le XVIe et le XXIe siècle. Origines, formes et enjeux du discours polémique sur la langue. 

Anaëlle Attlan

Résumé de la thèse

Dans l’histoire européenne, la langue a toujours été bien plus qu’un simple moyen d’expression. Elle cristallise des enjeux politiques, culturels et sociaux qui dépassent sa fonction communicative. Lorsqu’elle devient l’objet de polémiques, la langue révèle les tensions qui traversent une société, qu’elles soient liées à la conquête d’un pouvoir symbolique, à l’affirmation identitaire ou à la contestation de formes d’hégémonie sociale ou politique. C’est notamment ce que l’on observe en Europe à deux moments-clés : le XVIe siècle, marqué par la Renaissance, la Réforme et l’émergence des États-nations modernes  ; le XXIe siècle, époque de mondialisation, de revendications identitaires et de numérisation croissante des échanges. Au XVIe siècle, l’Europe est un espace en pleine mutation intellectuelle, politique et religieuse. La découverte de nouveaux mondes, la redécouverte des textes antiques et l’invention de l’imprimerie modifient en profondeur la circulation des savoirs et des idées. Dans ce contexte, la suprématie du latin, langue de l’Église, des universités et des chancelleries, est remise en question par les langues vernaculaires. Ce processus n’est pas linéaire ni uniforme, mais il suscite des polémiques vives, qui traduisent les tensions entre tradition savante et modernité politique. Au XXIe siècle, si le décor géopolitique et technologique a radicalement changé, la langue continue de polariser de très fortes tensions sociales, culturelles et identitaires. L’idée que l’évolution « normative » de la langue est l’affaire des académiciens et grammairiens s’est trouvée de plus en plus contestée. Les locuteurs dits « ordinaires » se sentent investis d’une responsabilité sociale et politique vis-à-vis de l’utilisation du langage. Cette remise en cause se doit d’être comprise à la lumière de la crise d’autorité, telle que l’a bien montré Hannah Arendt, lorsqu’elle a mis en évidence que, au XXe siècle, une telle crise a accompagné le développement du monde moderne. Le respect quasi absolu des Anciens et des fondateurs qui détenaient l’auctoritas a été remplacé par des modèles où chacun pouvait se définir comme un nouveau commencement, loin des modèles de relations autoritaires traditionnels. Si le contexte diffère radicalement, les débats linguistiques de ces deux périodes manifestent des préoccupations comparables quant à la fonction idéologique de la langue. Il convient donc d’interroger les conditions d’émergence de ces débats dans des périodes où s’installe une crise d’autorité corrélée à une crise du langage. Cette polycrise commune aux deux époques voit ainsi apparaître un type de discours, encore peu étudié, le discours polémique sur la langue, qu’il est pertinent de caractériser au niveau de ses propriétés sémantiques, rhétoriques, énonciatives et argumentatives, en tenant compte de ses divers supports d’expression et de ses différents canaux de diffusion. Loin de tenir ces débats linguistiques pour de simples querelles grammaticales, nous considérons qu’ils relèvent de prises de position politique, sociale et culturelle qui valorisent une certaine façon d’habiter le monde.

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